mercredi, 05 septembre 2007
VOS PAPIERS!
Rue de Meaux, XIXe arrondissement de Paris,vent d’ouest. La journée touche à sa fin, les rayons UV déclinent, l’humidité grimpe doucement pour atteindre à cette heure près de 58 pour cent.
Jacquo vide son dernier godet de blanc avec les collègues et s’apprête à rentrer chez lui après une longue journée de boulot. Du coin de l’œil, il aperçoit la vieille clodo qui sort du Leaderprice. Il pense lui donner une petite pièce aujourd’hui, il se sent riche le Jacquo, il a reçu les primes de rentrée pour les gosses, autant en faire partager tout le monde !Tiens, peut-être qu’un écran plat leur ferait plaisir aux gosses ? Un super écran pour regarder Bob l’éponge ! Sûr qu’ils allaient aimés. Ouais, une chouette idée qu’il venait d’avoir le Jacquot ! même sa femme serait contente ! pensez : faire le repassage devant un écran plat ça devait quand même être quelque chose ! Et puis, peut être que s’il lui faisait la surprise elle aurait moins de migraine à l’heure de se pieuter ? qui sait ? bon et puis, si elle l’ avait toujours la migraine, les films qu'il planquait au dessus de l’armoire devaient être sacrément bandant sur écran plat !
Le regard de ce brave Jacquo se perdit alors libidineusement à travers la vitre du PMU.
- Qu’est-ce qu’il a à m’ reluquer comme ça cet abruti ?
Gisèle, la vieille clodo sort de la boutique une bouteille de vinasse dans une main, l’autre vissée dans la poche droite de son vieux pardessus râpé. Elle finit par détacher ses yeux du poivrot qui la mate depuis le PMU et se fige brutalement. Non mais qu’est ce que c’était que ce zigue sur son banc ? jamais depuis qu’elle s’était arrangée avec Bébert un gars ne s’était avisé de squatter chez elle. Et c’est qu’il s’installait l’enfoiré: il avait même amené son paquetage ! Le salaud ! Ca allait pas se passer comme ça ! même le Samu Social avait pas réussi à la déloger ! c’était pas un péquenaud qui allait l’emmerder ! Elle accéléra et se prépara à entrer en action.
- Eh ! pousse toi gars ! c’est ma place!
- Prends un aut’ banc la vieille !
Gisèle sort la lacrymo de sa poche droite et asperge le gus. En pleine tronche il se la prend la lacrymo !
Le gus sort un schlass et plante la vieille. Direct, en plein dans le mille.
Antoine Planquirec, employé de bureau modèle, sort de ses huit heures de travail et accélère le pas. Il refuse d’être mêlé à ces histoires de SDF, ils n’ont qu’à aller au turbin, comme tout le monde, plutôt que de passer leur temps à se chercher des noises.
Le vieux Jacquo s’apprêtait à donner sa petite pièce à la vieille quand l’autre cinglé s'est rué sur elle. Elle a même pas crié la vieille avant de tomber et de se fracasser la tête sur le trottoir. Pas paniqué (il en avait vu d'autres le cégétiste) Jacquo a sorti son téléphone portable de sa musette et a appelé le 15. Les secours avaient intérêt à rappliquer presto: la vieille se vidait et l’autre gus s’était tiré.
- Samu bonjour, veuillez déclinez vos nom, adresse, l’endroit où vous vous trouvez ainsi que la nature exacte de l’accident.
- Ben, c’est Jacquo, chui à côté du PMU chez Guiguiche et voilà ti pas que j’sors du troquet que j’ vois un gus qui plante une vieille. Elle pisse le sang la vieille, faut v’nir vite.
- Connaissez-vous la personne agressée ? vous êtes de la famille ?
- Ben, j’la connais parce qu’elle squatte le banc d’vant chez Guiguiche, d’puis pas mal de temps, mais ch’sais pas qui c’est. Elle est entrain d’crever voilà tout ce que j’peux vous raconter m’dame et faudrait vous manier l’train si vous voulez pas qu’elle passe l’arme à gauche.
- Je vois. Pouvez vous confirmer que la personne accidentée est une Sans Domicile Fixe.
- Ben, à part l’banc ch sais pas où qu’elle crèche.
- Veuillez composer le 115 monsieur, c’est au Samu Social de s’occuper de ce genre de cas.
La bonne femme a raccroché. Jacquo a tenu la main de la vieille jusqu’à ce qu’elle clamse. Le Samu Social ? ben ils sont arrivés une heure après. Ils ont pris le macchabée encore tiède et sont partis avec.
Jacquo est allé s’en jeté un dernier chez Guiguiche, il avait une sacrée bonne histoire à raconter, les gars allaient pas le croire : avec le portable maintenant, tu pouvais appeler les secours d’où que tu trouvais mais fallait que t’aies tes papiers sur le colback si tu voulais pas crever comme un chien !
Tout compte fait il l’achèterait peut être pas son écran plat, des fois qu’on lui demanderait ses papiers.
10:55 Publié dans ANECDOTES SUR LE POUCE | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : samu, marginaux, urgence
dimanche, 26 août 2007
REPRENONS LÀ Où ON EN ÉTAIT...
Reprenons là où on en était. C’était où déjà ? ah, oui, je vous faisais partager mes dessins, mes coups de gueule et mes bribes d’histoires.
Les vacances sont terminées pour Judith. Après un mois d’errance à des milliers de kilomètres, après avoir partager mille et une discussions et s’être extasiée devant moult paysages, la miss a retrouvé ses tongs à défaut de charentaises et s’apprête à rejouer la grande pantomime du quotidien.
C’est bien triste me direz vous, et vous aurez raison. Le mois de septembre approche avec son cortège de résolutions, l’occident est en passe de sortir de son hibernation estivale, les vacanciers moroses après un été pluvieux entament leurs jérémiades, fustigeant le futur été indien de ne pas s’être pointé plus tôt.
Luttons donc mes frères et reprenons là où nous en étions : au samedi 7 juillet 2007.
Non, je ne vous imposerai pas de soirée photos de vacances et autres diaporama destinés à vous faire baver, je sortirai simplement quelques petits textes, glanés ça et là pendant ce mois et demi d’absence.
Commençons par…
Princesse Amita vivait pour ses enfants et comptait sur la faune domestique pour égayer le logis. Ainsi, son chien lui rendait le sourire lors de ses frasques journalières et les éléphants du temple voisin pimentaient sa petite vie lorsqu’ils décidaient de batifoler dans son jardin.
Sur son scintillant téléphone portable, peu de numéros mais beaucoup d’images : les enfants, le chien, les éléphants, les enfants et le chien, les enfants et les éléphants, le chien et les éléphants.
Comme le lecteur l’aura saisi, le conte de fée tournait au vinaigre : le prince avait arraché le palpitant de sa bien aimée.
A 41 ans, sans cœur et empli de reproches à l’égard de son british compagnon, Amita se réveilla d’un sommeil de vingt ans.
Vint donc le jour où elle rétorqua au prince qu’elle n’avait pas à répondre à ses questions quand il lui demanda si elle partait une semaine en Thaïlande pour rejoindre quelque batracien. Cela ne le regardait pas. Amita avait fait son devoir de reine mère, il était temps de retrouver la princesse femme qu’elle avait oubliée d’être.
Une chaleur humide écrasait les corps, la nuit n’était pas parvenue à apaiser la température. Sur la terrasse d’une auberge, dans une petite ville au nord de Bangkok, notre princesse s’apprêtait à vider son sac de vie sur le dos d’une jeune inconnue. Points de futilités, elle mit les pieds directement dans le plat, sans entrée ni apéritif préalable. Le prince avait vu juste, il y avait crapaud sous rocher en ce qui concernait cette escapade thaïlandaise. Notre princesse indienne avait rencontré un batracien hollandais qu’elle avait embrassé, et même plus…et qui, oh ! comble de misère ! ne s’était pas transformé ! (en prince, charmant bien sûr). Le crapaud dormait donc à présent au premier étage de l’auberge mais Amita n’avait aucune envie de le rejoindre. Il était libre, aventureux, célibataire. Elle, même à des milliers de kilomètres, demeurait enracinée dans sa ferme. Point d’abandon de soi. Freinage d’urgence ou simple absence d’amour pour cet animal d’un soir, là n’était pas la question.
La question ou plutôt le constat qui lui sauta ce soir là en pleine poire était le suivant : « j’ai attendu d’avoir 41 ans pour goûter à la liberté car la jeunette que j’étais s’est entichée d’un rosbif princier. Quand les douze coups de minuit sonneront, je me métamorphoserai à nouveau en femme respectable, le sari impeccable et les nichons bien camouflés. »
Le pire était que cette Cendrillon indienne de passage en Thaïlande n’était plus vraiment émoustillé par l’amphibien qui pionçait à l’étage, ils s’étaient disputés et l’aventure, comme le vieux lait, était entrain de tourner.
Elle aurait pu partir, profiter des jours qui lui restait pour goûter au hasard d’autres rencontres et admirer ce pays inconnu. C’est en tout cas ce que lui dit la jeune demoiselle à qui elle avait raconter son conte de fée. En princesse libre, elle aurait pu voyager sans prince et sans cheval. Elle aurait pu. Elle aurait peut être du.
Mais n’osa pas.
Quand l’airbus princier se posa en terre indienne, notre héroïne reprit dignement sa couronne de reine mère. Après tout, les crapauds qui se transforment en princes sont comme les contes de fée, ils n’existent pas.
23:40 Publié dans ANECDOTES SUR LE POUCE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rentrée, conte de fée, rencontre, mariage, adultère





















